Chaque automne, des millions de sacs de feuilles mortes partent à la déchetterie. C'est le geste de jardinage le plus répandu, et l'un des plus coûteux — pour le sol comme pour les bêtes. Voici comment le montrer à un enfant en dix minutes.
Ce que vous allez voir
Prenez une poignée de feuilles mortes, celles du dessous — les sombres, les humides, celles qui commencent à se défaire. Étalez-les sur l'assiette blanche.
Attendez trente secondes sans bouger.
Ça va commencer à remuer. Des cloportes. Des mille-pattes. De minuscules araignées. Des bêtes blanches longues comme un cil qui sautent — ce sont des collemboles, et il peut y en avoir des dizaines de milliers au mètre carré.
Le fond blanc change tout : sur le sol, on ne voit rien. Sur une assiette, tout apparaît.
- Choisir un coin non ratissé, sous une haie ou un arbre.
- Prendre les feuilles du dessous, pas celles du dessus — c'est en dessous que ça vit.
- Étaler sur l'assiette blanche, sans secouer.
- Compter à voix haute pendant une minute. Votre enfant s'en chargera très bien.
- Tout remettre exactement où ça était, feuilles comprises.
Ce qui se passe vraiment
Une feuille morte ne disparaît pas toute seule. Elle est mangée, en plusieurs temps, par une chaîne d'êtres de plus en plus petits.
| Les gros d'abord | Cloportes, mille-pattes et vers de terre découpent la feuille en miettes. |
| Les petits ensuite | Collemboles et acariens mangent ces miettes et les rendent encore plus fines. |
| Les invisibles pour finir | Champignons et bactéries transforment le tout en humus — cette terre noire qui sent la forêt. |
Ce cycle dure un ou deux ans, et il est entièrement gratuit. En ramassant les feuilles, on emporte à la fois la nourriture du sol et les ouvriers qui la transforment. Puis, au printemps, on achète des sacs de terreau pour remplacer ce qu'on a jeté en automne.
Dans une forêt, personne ne ratisse. Et c'est là que la terre est la plus riche.
« Les feuilles mortes, c'est pas des déchets. C'est le repas de tout le monde ici. »
Et en remettant la poignée en place : « On leur rend leur couverture. »
Ce qu'on ne fait pas
- On ne brûle pas les tas de feuilles. C'est interdit dans la plupart des communes, et un hérisson peut dormir dedans.
- On ne souffle pas les feuilles au souffleur : il emporte les bêtes avec.
- On ne met pas les feuilles de noyer en grande quantité sur les semis — elles freinent la germination.
Alors on ne ramasse jamais rien ?
Si, une seule fois : sur la pelouse. Une couche épaisse de feuilles sur du gazon étouffe l'herbe et la fait jaunir.
Mais on ne les jette pas pour autant — on les déplace :
- Sur les massifs et le potager, en couche de 5 à 10 cm : c'est un paillage parfait, et gratuit.
- En tas dans un coin, derrière la haie : dans un an, vous aurez du terreau de feuilles.
- Passez la tondeuse dessus avant de les déplacer : broyées, elles ne s'envolent plus et se décomposent deux fois plus vite.
Le cloporte a sa planche à colorier
Celui que vous venez de trouver sous les feuilles est dans le cahier offert — avec, en une phrase, ce qu'il fabrique vraiment. Cinq autres planches l'accompagnent : la coccinelle, le ver de terre, le bourdon, le hérisson et la mésange.
Recevoir les 6 planches →Comment faire une lasagne d'automne avec ces feuilles, et pourquoi on ne laisse jamais la terre nue : Faire sa terre.

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